Traçabilité : mettre en place des voies pour la transparence

Hannah Hobden
Le 30 octobre 2017
Discours de Hannah Hobden à la réunion de partenariat de la World Cocoa Foundation le 24 octobre 2017, à Washington

 

Bonjour, je m’appelle Hannah Hobden. Je travaille pour OPTEL et je suis là pour vous mettre au défi de convertir la traçabilité complète – de la fève à la tablette – d’une ambition en une réalité pour le secteur du cacao.

 

Les systèmes de traçabilité sont l’infrastructure opérationnelle à laquelle vous rattachez les données pour créer de la transparence. Un système efficace exige une traçabilité complète de la fève à la tablette et la capacité de saisir les données à mesure que le produit avance dans la chaîne d’approvisionnement. Sur le plan technologique, c’est possible, comme je le démontrerai plus loin. Le défi est de savoir comment mettre en œuvre un système dans le cacao. Pour ce faire, il faudra une collaboration et, en fin de compte, la volonté de s’éloigner d’un système de bilan de masse, parce que le bilan de masse crée un obstacle à la transparence et à la traçabilité.

 

Mais avant d’aller plus loin, qu’est-ce que je veux dire quand je dis qu’un système de traçabilité complète fournit l’infrastructure opérationnelle pour créer la transparence? Eh bien, je le vois comme une voie ferrée. Un système de traçabilité est comme les voies ferrées qui relient les différentes composantes de la chaîne d’approvisionnement. Par exemple les agriculteurs, les entrepôts, les ports, les usines… Une fois que les voies sont en place, différentes informations peuvent circuler entre les parties prenantes de la chaîne d’approvisionnement. Dans le cas du cacao, il pourrait s’agir d’informations sur les producteurs, telles que les données pertinentes pour le suivi de l’égalité des sexes, le revenu de subsistance, la déforestation, le recours au travail des enfants. Il est possible de recueillir des informations sur le prix et les primes que les agriculteurs reçoivent pour leur cacao et de les comparer au montant d’argent reçu par la coopérative. Dans le passé, nous avons créé des évaluations des risques liés au travail des enfants au niveau de l’exploitation agricole et nous sommes actuellement en discussion à ce sujet au niveau communautaire. L’intégration de ces données d’évaluation des risques dans un système de traçabilité signifierait qu’un lot final de cacao serait associé à un niveau de risque de travail des enfants. Des données peuvent être collectées sur la coopérative, les entrepôts, les ports, les usines. La qualité du cacao peut être testée et consignée à différents points de la chaîne d’approvisionnement. Ce que j’essaie de démontrer, c’est qu’une fois que les voies de la traçabilité sont en place, plusieurs niveaux de données peuvent être ajoutés. Mais, pour être le plus efficace possible, les données de traçabilité doivent commencer par l’agriculteur et un sac de cacao et aller jusqu’au bout de la chaîne d’approvisionnement. Le bilan de masse interfère avec cela parce qu’il crée un obstacle au mouvement des données et de l’information et coupe ainsi les voies entre les agriculteurs et les clients finaux.

 

Donc, vous vous dites peut-être maintenant que c’est très bien Hannah, mais ce n’est pas réellement faisable. Mais j’aimerais vous mettre au défi et vous dire qu’avec la collaboration et l’investissement dans les cadres opérationnels existants, c’est possible. Je pense que l’histoire la plus inspirante pour illustrer ce qui peut être fait est celle du secteur de l’huile de palme. Comme vous le savez tous, j’en suis sûre, l’huile de palme présente des défis importants en matière de déforestation. De nombreuses marques grand public ont promis de débarrasser les chaînes d’approvisionnement de toute forme de déforestation et ont décidé d’utiliser la traçabilité comme outil pour y parvenir. Cependant, faire le lien entre les usines et les agriculteurs représentait un défi de taille. Comme dans le cacao, il existe un réseau complexe de petits exploitants agricoles, de coopératives et d’intermédiaires. Pendant un moment, cela m’a semblé sans espoir. Mais il y a deux ans, nous avons lancé un projet de collaboration entre IDH, Wilmar et nous-mêmes pour piloter un système de traçabilité reliant les agriculteurs aux grappes de fruits frais, les grappes de fruits frais aux intermédiaires et les intermédiaires aux usines. Le système était simple et efficace et a démontré la possibilité de tracer les voies de la traçabilité entre les agriculteurs et les usines. Ce premier projet pilote nous a permis de développer un modèle commercial, que nous sommes maintenant en mesure de déployer dans d’autres usines, cette fois sans avoir besoin de financement de la part des donateurs. Et maintenant que le système de traçabilité de base est en place, nous pouvons accroître la transparence grâce à la collecte de données. Nous recueillons donc des données sur les méthodes de production des agriculteurs, ce qui nous permet de créer des plans d’affaires pour chaque exploitation afin d’améliorer la productivité. Nous connaissons la taille et l’emplacement exacts de chaque champ et nous pouvons ainsi surveiller au fil du temps si ces champs empiètent sur la forêt. Nous pouvons consigner la formation que chaque agriculteur a reçue et les visites de suivi. Nous avons des registres de livraison de la quantité de fruits qu’un agriculteur a vendus, à quelle date et pour quel prix. Nous pouvons enregistrer à nouveau toutes ces informations lorsque l’intermédiaire vend les fruits à l’usine. Un facteur clé dans l’huile de palme est que les fruits frais doivent être traités dans les 42 heures suivant la récolte. Nous avons donc commencé à mettre en place un système d’alerte qui avertit l’usine lorsque des grappes de fruits frais ont été collectées auprès des agriculteurs mais n’ont pas été livrées à l’usine pour traitement, ce qui signifie que l’usine peut prendre des mesures pour récupérer les fruits avant qu’ils ne s’abîment. La technologie permet également d’envoyer des messages texte aux agriculteurs pour les informer du moment où les camions seront envoyés pour collecter leurs fruits, ou du moment où une formation sera donnée sur un sujet particulier. Ce système de traçabilité simple d’un agriculteur à l’usine peut ensuite être relié aux systèmes de traçabilité déjà mis en œuvre au niveau de l’usine et plus loin dans la chaîne d’approvisionnement, puis les données pertinentes transmises.

 

Tout cela a été réalisé comme un aboutissement de :

• la pression politique en faveur de la transparence en matière de déforestation ;
• l’engagement des entreprises à l’égard de la traçabilité ;
• la collaboration entre les différentes parties prenantes, tant sur le plan financier et opérationnel que sur le plan de la détermination pure et simple.

Je ne dis pas que la question de la déforestation est résolue dans l’huile de palme, ce que je dis, c’est que ce qui semblait impossible il y a trois ans – avoir une traçabilité complète tout au long de la chaîne d’approvisionnement – est désormais possible.

 

Alors, que faut-il faire dans le cacao pour que la traçabilité y devienne aussi une réalité ? D’autres participants à cette séance discutent de la transparence au niveau des politiques et je voudrais donc me concentrer sur certaines solutions opérationnelles. Premièrement, d’un point de vue technologique, il existe de nombreuses solutions. La clé, c’est que la technologie doit être collaborative, de la même façon que les entreprises doivent l’être. Par conséquent, lorsqu’on investit dans les données de la chaîne d’approvisionnement et les systèmes de traçabilité, il est essentiel qu’ils soient interopérables. Cela signifie que, quel que soit le fournisseur de la technologie, ils seront en mesure de se connecter à d’autres systèmes. Ainsi, au fil du temps, vous pouvez relier les données de traçabilité aux paiements mobiles, aux registres des ventes des coopératives, aux analyses de sol, au soutien financier, aux programmes de fidélisation des agriculteurs, etc. Deuxièmement, nous devons commencer à mettre en œuvre la traçabilité au niveau des agriculteurs. Chez OPTEL, nous avons travaillé avec les négociants et les exportateurs pour mettre en place des systèmes de traçabilité. Mais le problème ici est que ces entreprises n’utilisent généralement pas les systèmes qui sont mis en œuvre – elles transmettent les données à leurs clients, qui sont frustrés par le fait que des données légèrement différentes leur sont fournies dans de multiples formats par différentes entreprises, mais qui n’ont généralement pas le pouvoir d’exiger des données spécifiques de leur chaîne d’approvisionnement. Je suggère donc de copier le modèle de l’huile de palme et de mettre au point un système de traçabilité qui pourra être mis en œuvre dans un premier temps par les coopératives et s’étoffer à partir de là. C’est particulièrement important car c’est à ce niveau que nous devons relever les défis considérables que sont le revenu décent, la déforestation, le travail des enfants, l’esclavage moderne et une agriculture respectueuse du climat. Des modèles commerciaux doivent être développés pour les systèmes qui permettent aux coopératives de prendre en charge leur propre collecte de données et de fournir des données de traçabilité aux personnes auxquelles elles vendent. Nous avons déjà commencé à travailler avec Root Capital en Côte d’Ivoire pour fournir un système de collecte de données de base aux coopératives, mais il reste encore beaucoup à faire pour l’améliorer et s’assurer que les données pertinentes sont saisies et transmises efficacement tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

 

Je m’attends à ce que la traçabilité du cacao prenne de l’ampleur, car les gouvernements nationaux et la communauté internationale continuent d’exercer des pressions politiques en sa faveur. Aussi, je crois que les entreprises qui doivent respecter leurs propres engagements en matière de traçabilité commenceront à s’attaquer au problème de traçabilité causé par le bilan de masse et le fait de ne pas savoir qui sont leurs agriculteurs, et que les entreprises collaboreront pour élaborer un système commercialement viable qui fonctionne dans le secteur privé.
J’espère donc vous avoir inspiré aujourd’hui avec les possibilités de transparence et de communication tout au long de la chaîne d’approvisionnement, qui sont possibles lorsque la traçabilité complète est en place. Je vous ai mis au défi de collaborer davantage pour faire de la traçabilité une réalité pour le cacao et j’ai suggéré de commencer par les organisations et coopératives d’agriculteurs.

 

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